dimanche, 09 juin 2013 17:17

Mener un Projet d'Infrastructure avec Scrum

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Les méthodes agiles, et Scrum en particulier, ont prouvé leur intérêt pour certains projets de développement pour lequel le traditionnel cycle en V n’était pas adapté. Mais peut-on utiliser Scrum  pour un projet d’infrastructure ?

Littéralement, Scrum signifie « mêlée de rugby » en anglais. Dans les années 1990, Ken Schwaber utilise le mot pour donner naissance à une méthode de gestion de projet utilisée notamment en développement logiciel. Alors que les méthodes agiles ne sont nées en 2001 avec la création du Manifeste Agile, Scrum est bel et bien considérée comme une méthode agile. Avec Scrum, le développement est effectué par itérations appelé sprint. Un sprint a une durée fixe (1 à 4 semaines). Une release est découpée en plusieurs itérations. Le premier sprint (ou sprint 0) est particulier : il a pour objet de définir le backlog initial de la Release c'est-à-dire la liste des fonctionnalités à réaliser. Pour chacun des sprints, l’objectif est de fournir un produit fini, même s’il est partiel.

 

Scrum définit les rôles suivants :

  • Le Product Owner : il définit les fonctionnalités à inscrire au backlog (avec l’aide du sponsor et de l’équipe), établit les priorités entre les fonctionnalités, valide les fonctionnalités développées et joue le rôle du client. Il ressemble à un rôle de MOA ou d’AMOA dans les méthodologies projet traditionnelles.
  • Le Scrum Master : il s’assure que les principes et les valeurs de Scrum sont bien appliqués, facilite la communication au sein de l’équipe, cherche à améliorer la productivité de l’équipe, cherche à éliminer les points de blocage. Il ne peut pas être assimilé à un chef de projet.
  • L’équipe : il n’y a pas de rôle déterminé à l’intérieur de l’équipe : tous les membres apportent leur savoir-faire pour accomplir les tâches.

Le backlog est composé de « Stories, chaque story étant représenté par un post-it. Il existe 3 types de stories :

  • Les Stories Utilisateurs : fonctionnalités vues par les utilisateurs du produit
  • Les Stories Techniques : nécessaires mais invisibles des utilisateurs
  • Les Anomalies : les bugs

Du développement à l’infrastructure

Scrum a initialement été imaginé pour des projets de développement logiciels. Depuis il a été envisagé ou expérimenté sur d’autres types de projet, de l’ingénierie de la construction à la rédaction d’un livre. Mais qu’en est-il des projets d’infrastructure IT ? La méthode Scrum est-elle applicable à ce type de projet informatique. C’est la question que je me suis posé début 2012 lorsque le DSI m’a suggéré de mener un projet d’ITSM en Scrum. Il s’agissait d’un projet de créer une Gestion de Parc informatique. Depuis, le projet s’est achevé et l’utilisation de Scrum s’est révélée pertinente.

Des gains

Le principal gain observé par l’utilisation de Scrum pour les projets d’infrastructure est la disparation de l’effet tunnel. Les projets d’infrastructure ont habituellement l’inconvénient de ne délivrer un résultat mesurable qu’à la fin du projet. En adoptant des itérations courtes (1 ou 2 semaines), le Product Owner sait régulièrement comment le produit fini progresse.

Scrum permet également de rassembler une équipe pluridisciplinaire et du coup de casser les silos technologiques assez présents dans le domaine de l’infrastructure. Selon le type de projet, l’équipe pourra comporter des spécialistes des domaines suivants : architecture, datacenter, système, stockage, base de données, réseau, ITSM, service desk, opérations, etc. On peut également associer dans l’équipe des équipes internes et des infogéreurs.

Des limites

La principale difficulté réside dans la nomination du Product Owner. Autant, il est habituel d’avoir une AMOA ou une MOA pour un projet de développement, autant cela est souvent plus délicat pour les projets d’infrastructure. Une fois nommé, le Product Owner devra assurer pleinement son rôle en définissant les fonctionnalités et en assurant leur validation une fois livré.

En utilisant Scrum, on risque également de se heurter à une problématique de planification des changements (une bonne pratique d’ITIL) qui n’est pas toujours compatible avec l’agilité recherchée avec Scrum. Je préconise d’utiliser au maxium les environnements de recette et de préproduction pour recetter les nouvelles « stories » (lorsque cela est faisable) et sinon d’adapter la taille des sprints aux rythmes habituels des Change Advisory Board (CAB) et de l’instruction des changements.

L'agilité pour l'infrastructure IT

Scrum peut donc être envisagé pour beaucoup de types de projet d’infrastructure : un projet d’ITSM (gestion de parc, CMDB), d’une mise en œuvre d’un cloud privé, d’un déménagement de datacenter, d’un renouvellement d’une partie du réseau, etc.

Sources :

Scrum, le guide pratique de la méthode agile la plus populaire
Claude Aubry, février 2010, Dunod
https://www.amazon.fr/SCRUM-guide-pratique-m%C3%A9thode-populaire/dp/2100540181

Non Developer Scrum Teams: How Scrum Can Improve Your Operations
Cyrus Innovation, Matthew Salerno, 2012
https://fr.slideshare.net/msalernocyrus/non-developer-scrum-teams-how-scrum-can-improve-your-operations

Scrum – And its Use in Construction Project Management
Faisal H. Al-Muhammadi, May 2007, ABX, College of Environmental Design, Department of Construction Engineering & Management, Saudi Arabia
https://faculty.kfupm.edu.sa/CEM/assaf/Students_Reports/SCRUM-and-its-use-in-construction.pdf

 

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Serge Baccou

Serge Baccou est Directeur Associé d'Alterest. Il est en charge des services Continuité Informatique, Cloud Consulting et Management de Transition.